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Pistes de réflexion sur le développement vers l’intérieur
Nous sommes en 2032 et nous regardons en arrière: le développement vers l’intérieur a fait ses preuves. Non pas parce qu’il n’y a pas eu de résistances, non pas parce que nous avons libéralisé ou accéléré les procédures partout, mais parce que nous avons appris ensemble à mieux faire. Les pistes de réflexion qui suivent montrent comment nous y sommes parvenus.
Préambule: Ces pistes de réflexion ne s’adressent délibérément pas à des acteurs spécifiques comme un mandat d’action. Elles décrivent des prérequis, des postures et des modes de travail qui se sont révélés décisifs avec le recul – indépendamment du fait que la responsabilité incombe aux communes, aux cantons, aux maîtres d’ouvrage, aux aménagistes, aux milieux politiques ou à la population. Elles visent à donner des repères, à clarifier des attentes communes et à servir de base aux discussions, aux priorités et aux mesures concrètes sur le terrain.
Chaque piste de réflexion suit la même structure. Nous commençons par le constat de l’époque (2025/2026) – en guise de point de départ. Puis nous nous plaçons en 2032 pour décrire ce à quoi ressemble un avenir réussi et ce par quoi on le reconnaît dans le quotidien.
1) Piste de réflexion: Définir la qualité – avant de construire #
Nous parlions souvent de densité, et rarement de ce qui devrait s’améliorer. Des affectations manquantes, un déficit d’espaces libres et de verdure, des tensions sociales: ces problèmes surgissaient lorsque les planifications et les projets démarraient sans objectifs de qualité clairement définis.
2032: Chaque projet de densification démarre avec un cahier des charges «qualité» concis et contraignant, établi conjointement par le maître d’ouvrage et la commune. Y sont systématiquement intégrés: les espaces libres, la protection et l’adaptation climatique, la mobilité, la mixité des affectations.
Pourquoi cela concerne tout le monde: Des objectifs de qualité clairs réduisent les négociations en cours de route et rendent les investissements plus prévisibles.
2) Piste de réflexion: Accélérer par la clarté – et non par les raccourcis #
Les appels à des procédures plus rapides se faisaient de plus en plus pressants. Les procédures s’éternisaient, les projets échouaient faute de compétences et de ressources clairement définies. Pourtant, le réflexe de supprimer les règles de manière systématique ne résolvait pas le problème: il ne faisait que le déplacer.
2032: Nous avançons pas à pas – en traitant les questions décisives dans le bon ordre: d’abord la vision d’avenir, ensuite les variantes et les scénarios, puis les compensations et le financement – et seulement alors la mise en œuvre, avec des responsabilités et des «porteurs de projet» clairement désignés. Ainsi, nous décidons tôt et nous devons rarement corriger le tir en cours de route.
Pourquoi cela concerne tout le monde: L’accélération ne s’obtient pas avec de la pression, mais grâce à une compréhension partagée. Pour l’établir, il faut des ressources et du savoir-faire suffisants.
3) Piste de réflexion: Plus de logements? Oui – mais d’abord dans le tissu bâti existant #
La pression en faveur de l’extension des zones à bâtir en milieu rural s’accentuait. En partie compréhensible: il fallait davantage de logements. Mais la réponse se trouvait déjà à l’époque dans le développement vers l’intérieur: le potentiel était là, en abondance.
2032: Les cantons et les communes ont procédé à une analyse systématique des endroits où le développement vers l’intérieur est présent mais bloqué. Seul celui qui a véritablement mobilisé ce potentiel à l’aide des instruments existants peut plaider de manière crédible pour des classements en zone à bâtir.
Pourquoi cela concerne tout le monde: Si nous mobilisons systématiquement le potentiel de développement vers l’intérieur, les classements en zone à bâtir restent l’exception justifiée et les terres agricoles en périphérie sont préservées.
4) Piste de réflexion: Réviser et simplifier les règles – sans déréglementer à l’aveugle #
Les normes, règles et prescriptions s’étaient accumulées. Certaines étaient indispensables, d’autres bloquaient de bons projets. Un examen rigoureux de leurs effets s’imposait.
2032: Chaque règle fait l’objet d’une évaluation selon quatre axes: qualité du milieu bâti, impact social, faisabilité économique, compatibilité écologique. Les règles superflues ou contre-productives ont été adaptées ou supprimées. De nouvelles règles ne sont introduites qu’une fois leurs effets compris.
Pourquoi cela concerne tout le monde: En rendant transparents les effets des règles, on en perçoit aussi le coût – et les règles maintenues sont mieux acceptées.
5) Piste de réflexion: Structurer les conflits – et non les laisser s’enliser #
Les conflits liés à la densification étaient la règle. Le débat basculait cependant rapidement vers un «pour ou contre». Ce qui manquait, c’était une approche constructive de gestion des conflits.
2032: Les conflits sont traités dans le cadre de pesées d’intérêts structurées: quels compromis sont viables? Où se situent les lignes rouges? Quelles compensations sont pertinentes? Le résultat n’est pas un accord à tout prix – mais une décision transparente et argumentable.
Pourquoi cela nous concerne tous: La confrontation devient un problème à résoudre. Les projets deviennent ainsi réalisables et politiquement défendables.
Nous avons la possibilité de prendre notre destin en main. Si nous ne saisissons pas cette opportunité, la Suisse connaîtra le même sort que Swissair.
(Source:Bildarchiv/Stiftung Luftbild Schweiz / LBS_SR04-016397 ETH-Bibliothek Zürich, Bildarchiv CC BY-SA 4.0)
6) Piste de réflexion: Piloter le développement vers l’intérieur – et non le laisser au hasard #
La densification se produisait fréquemment comme une somme de projets isolés, sans vue d’ensemble. Les effets cumulés (trafic, bruit, chaleur, tensions sociales) ne devenaient souvent visibles que lorsqu’il était trop tard.
2032: Les communes pilotent le développement vers l’intérieur sur la base d’indicateurs simples et accessibles au public (mixité sociale, résilience climatique, espaces libres, accessibilité, …). Si nécessaire, des ajustements de cap sont effectués sur la base de données factuelles, et non d’intérêts particuliers.
Pourquoi cela concerne tout le monde: Un pilotage transparent fondé sur des données objectives instaure la confiance auprès de la population, des milieux politiques et des investisseurs.
Construction de l'EPFZ
(Source:Ans_04226-006 ETH-Bibliothek Zürich, Bildarchiv CC BY-SA 4.0)
7) Piste de réflexion: La collaboration précoce est l’investissement le plus rentable
La planification, le secteur de la construction, les communes et la population travaillaient souvent en parallèle et à côté les uns des autres. Les compétences étaient souvent peu claires et les responsabilités trop peu assumées. La collaboration ne démarrait le plus souvent qu’une fois les problèmes déjà escaladés.
2032: La collaboration précoce et structurée est devenue la norme. Non pour satisfaire tout le monde, mais pour rendre les projets robustes. De nouvelles alliances entre l’aménagement du territoire et le secteur de la construction, entre les communes et les investisseurs, entre les spécialistes et la population en constituent la clef et chacun prend ses responsabilités
Pourquoi cela concerne tout le monde: Une alliance en amont coûte moins cher qu’une confrontation en aval.
Combat de boxe au Hallenstadion, Sugar Ray Robinson contre Jean Wanès
(Source:Com_X-R005-011 ETH-Bibliothek Zürich, Bildarchiv CC BY-SA 4.0)
Conclusion 2032 n’est pas loin. Le développement vers l’intérieur réussira si nous commençons à le piloter ensemble. Les instruments existent. Le savoir-faire aussi. Ce qui manque, c’est la volonté commune d’affronter les points de friction, de revoir les règles et de collaborer tôt. Les acteurs décisifs sont ceux qui construisent la confiance, assument la responsabilité et se prennent le temps de dialoguer – même lorsque c’est inconfortable.
Le développement vers l’intérieur n’est pas qu’une tâche communale. Il se joue à l’échelle des espaces fonctionnels qui transcendent les frontières communales – là où mobilité, paysage, infrastructure et marché du logement sont indissociables. Les pistes de réflexion fournissent à cet égard un cadre commun, qui doit être coordonné à l’échelle régionale et concrétisé localement. Mettons ainsi le cap sur 2032.

